Genèse 2, 15-25 Création de la femme

Genèse 2, 15-25 La création de la femme

La traduction suivante est très littérale, mot par mot, afin de pouvoir mieux comprendre les commentaires qui se référent au texte original, analysant chaque terme. À noter spécialement pour tout ce passage que le mot ´adam désigne le vivant qui a été modelé à partir de la terre qui se dit ´adamah en hébreu. Cela sera très important pour les commentateurs chrétiens car, à partir de saint Paul, il sera question de l’homme terrestre, attiré par les réalités terrestres, qui sera appelé à chercher les réalités célestes, à la suite du Christ que saint Paul appelle le dernier Adam: « Le premier homme, Adam, devint une âme vivante ; le dernier Adam – le Christ – est devenu Esprit qui donne la vie. » (1 Corinthiens 15, 45). Il est donc question pour chaque être humain d’être tranformé en un homme nouveau, un nouvel ´adam qui se laisse conduire par l’Esprit de Dieu vers les choses d’en-haut.  « Ce qui vient d’abord, ce n’est pas le spirituel, mais ce qui est pourvu d’une âme ; ensuite seulement vient le spirituel. Le premier homme provient de la terre, il est terrestre ; le deuxième homme, lui, vient du ciel. Comme Adam est fait de terre, ainsi les hommes sont terrestres; comme le Christ est du ciel, ainsi les hommes seront du ciel. Et de même que nous avons porté l’image de celui qui est fait de terre, de même nous porterons l’image de celui qui vient du ciel. » (1 Corinthiens 15, 46-49).

Il ne faut, donc, pas oublier au cours de cette lecture qu’il s’agit d’un texte prophétique, qui manifeste la parole éternelle de Dieu et que donc ce texte contient déjà toute l’histoire de l’humanité que Dieu contemple simultanément dans son éternité.
C’est pour cela que les Pères de l’Église verront déjà annoncée en ce texte l’œuvre du Christ, le dernier ´adam qui donne naissance à une nouvelle humanité: une âme humaine qui se laisse guider par l’Esprit de Dieu à la recherche des réalités célestes. Ainsi, Jésus sur la croix s’adresse à sa mère, Marie, en l’appelant « femme », car à l’exemple de Marie qui a eu foi en Dieu, une nouvelle humanité va naître en recevant la vie du côté ouvert du Christ.
C’est pourquoi il est important de conserver la particularité de ce texte dans la traduction du texte original car il fait précéder le mot «  ‘ adam » de l’article. Ainsi, lorsque nous lisons « le ‘ adam » nous pouvons penser à toute l’histoire de l’être humain qui, à partir de la réalité terrestre de laquelle il est né, sera élevé par le Christ, dernier ‘ adam, jusqu’à contempler les réalités célestes. Ainsi, lorsque Jésus sur la croix dit: « femme », il s’adresse à toute l’humanité qui est appelée à former une famille nouvelle de frères et sœurs car chacun et chacune est né à une vie nouvelle grâce au Christ qui a conduit l’être humain, le ‘ adam, à retrouver la confiance filiale en Dieu à l’exemple de Marie. Le simple être humain, comme dit l’Ecriture, est animé par l’âme qui guide ses instincts de survie, mais si cette âme suit l’inspiration du Saint Esprit de Dieu, si elle se laisse conduire par lui dans la confiance, alors cet être humain devient un être spirituel qui recherche les réalités éternelles du ciel, il devient un être céleste comme l’explique saint Paul.

L’être humain simple, comme le dit l’Écriture, est animé par l’âme qui guide tous ses instincts de survie, mais si cette âme suit l’inspiration du Saint-Esprit de Dieu, alors l’être humain devient un être spirituel qui recherche les réalités éternelles du ciel, un être céleste, comme l’explique saint Paul.

En effet, Jésus annonce cette famille nouvelle dans laquelle on peut naître à nouveau par la foi, c’est-à-dire en entrant dans une relation filiale avec Dieu. Ainsi Jésus dit: « « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? Puis, étendant la main vers ses disciples, il dit : « Voici ma mère et mes frères. Car celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. » (Matthieu 12, 48-50).

Ainsi, le côté ouvert de Jésus sur la croix, devient le signe de sa vie offerte afin que l’être humain puisse retrouver confiance en la bienveillance et le pardon de Dieu et l’appeler Père. Ayant accompli cela Jésus peut maintenant s’adresser à l’humanité, l’appeler « femme » et lui signifier que chacun et chacune peut ainsi devenir un frère ou une sœur pour l’autre.

Voici donc les derniers mots de Jésus sur la croix qui signifient qu’il a accompli le dessin originel de Dieu de donner vie à un seul peuple de frères et sœurs, à une seule famille: « Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » Puis il dit au disciple : « Voici ta mère ».
Jésus utilise le mot femme comme dans le livre de la Genèse pour désigner celle qui sera la mère de tous les vivants, c’est-à-dire de ceux qui vivent la plénitude de la vie d’enfants de Dieu, dans la pleine confiance au Père. On peut donc voir dans la femme s’accomplir l’œuvre que le créateur lui a confiée d’enfanter à la foi, c’est-à-dire de susciter des croyants par l’exemple de sa propre foi, de sa propre confiance en Dieu. Ainsi, saint Paul lui-même pourra dire: « Mes enfants, vous que j’enfante à nouveau dans la douleur jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous » (Galates 4, 19).

Cette femme qui enfante dans les douleurs est donc image de l’Église, c’est-à-dire de l’assemblée de ceux qui sont appelés à vivre en frères et sœurs et qui avec confiance en la vie éternelle offerte par Dieu sont prêts à donner leur vie pour ceux qu’ils aiment. Ils manifestent ainsi que c’est l’Esprit du Christ, l’Esprit de Dieu qui les anime, Esprit d’amour qui est victorieux de la mort. Et saint Jean rapporte dans le livre de l’Apocalypse la vision qu’il a eu de cette réalité éternelle : « Un grand signe apparut dans le ciel : une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles. Elle est enceinte, elle crie, dans les douleurs et les peines de l’enfantement. » (Apocalypse 12, 1-2).

Offrir sa propre vie par amour pour son prochain est comparé à donner la vie, car ce don d’amour reçu par quelqu’un va générer de la gratitude et de l’amour chez celui qui le reçoit et le transformer. L’humanité a besoin de la preuve de la gratuité totale de l’amour pour croire que cet amour est possible. Alors, se sentant aimée malgré toutes ses imperfections, elle sera remplie d’amour en retour.

Voici donc ce qu’on peut entrevoir dans la traduction très littérale « le ´adam », cet être humain qui avec l’aide de la « femme » sera conduit de sa réalité terrestre à contempler la réalité céleste de l’amour de Dieu. Il sera ainsi enfanté à une vie nouvelle, il sera né à nouveau à la vie d’enfant de Dieu. Et Dieu se fera lui-même ´adam, « fils de l’homme » comme il a l’habitude de dire pour nous conduire, à travers lui, par le don de sa vie, au Père.

En résumé: le côté ouvert de ‘adam annonce le côté ouvert, transpercé, du Christ sur la croix. Il signifie le don de la vie divine à l’humanité, la femme. Cette vie divine est celle de l’Esprit d’amour: il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Celui qui se laisse guider par cet Esprit, devient un être spirituel à la suite du Christ, un nouvel être humain, un nouvel ‘adam. Dans cette nouvelle vie céleste nous sommes tous frères et soeurs car un seul esprit d’amour donne vie à chacun et chacune.

וַיִּקַּ֛ח יְהוָ֥ה אֱלֹהִ֖ים אֶת־הָֽאָדָ֑ם וַיַּנִּחֵ֣הוּ בְגַן־עֵ֔דֶן לְעָבְדָ֖הּ וּלְשָׁמְרָֽהּ׃
15 Le Seigneur Dieu prit le ‘ adam et le laissa dans le jardin d’Éden pour le travailler et le garder.

וַיְצַו֙ יְהוָ֣ה אֱלֹהִ֔ים עַל־הָֽאָדָ֖ם לֵאמֹ֑ר מִכֹּ֥ל עֵֽץ־הַגָּ֖ן אָכֹ֥ל תֹּאכֵֽל׃
16 Le Seigneur Dieu donna un ordre au ‘ adam en disant : « De tous les arbres du jardin manger tu mangeras

וּמֵעֵ֗ץ הַדַּ֙עַת֙ טֹ֣וב וָרָ֔ע לֹ֥א תֹאכַ֖ל מִמֶּ֑נּוּ כִּ֗י בְּיֹ֛ום אֲכָלְךָ֥ מִמֶּ֖נּוּ מֹ֥ות תָּמֽוּת׃
17 et de l’arbre de la connaissance du bien et du mal tu ne mangeras pas car le jour où tu mangeras de celui-ci, de mort tu mourras. »

וַיֹּ֙אמֶר֙ יְהוָ֣ה אֱלֹהִ֔ים לֹא־טֹ֛וב הֱיֹ֥ות הָֽאָדָ֖ם לְבַדֹּ֑ו אֶֽעֱשֶׂהּ־לֹּ֥ו עֵ֖זֶר כְּנֶגְדֹּֽו׃
18 Et le Seigneur Dieu dit : « Il n’est pas bon que le ‘ adam soit seul. Je vais lui faire une aide comme devant lui. »

וַיִּצֶר֩ יְהוָ֨ה אֱלֹהִ֜ים מִן־הָֽאֲדָמָ֗ה כָּל־חַיַּ֤ת הַשָּׂדֶה֙ וְאֵת֙ כָּל־עֹ֣וף הַשָּׁמַ֔יִם וַיָּבֵא֙ אֶל־הָ֣אָדָ֔ם לִרְאֹ֖ות מַה־יִּקְרָא־לֹ֑ו וְכֹל֩ אֲשֶׁ֨ר יִקְרָא־לֹ֧ו הָֽאָדָ֛ם נֶ֥פֶשׁ חַיָּ֖ה ה֥וּא שְׁמֹֽו׃
19 Et le Seigneur Dieu modela à partir du sol [‘adamah] tout vivant du champs et tout oiseau des cieux et il les fit venir vers le ‘ adam pour voir comment il l’appellerait et tout ce que le ‘ adam appelait, une âme vivante [nephesh ḥayyah] était son nom.

âme (nephesh): naphash est la racine qui dit le souffle qui anime chaque être vivant. Certains exégètes juifs disent que Dieu amena les animaux au ‘ adam pour voir s’il donnerait les noms justes aux animaux, selon la langue qu’il lui avait appris. D’autres attirent l’attention sur la nature du nom et sur le fait que chaque nom soit un souffle de vie, une âme vivante, puisque c’est par la parole que Dieu crée le monde.

וַיִּקְרָ֨א הָֽאָדָ֜ם שֵׁמֹ֗ות לְכָל־הַבְּהֵמָה֙ וּלְעֹ֣וף הַשָּׁמַ֔יִם וּלְכֹ֖ל חַיַּ֣ת הַשָּׂדֶ֑ה וּלְאָדָ֕ם לֹֽא־מָצָ֥א עֵ֖זֶר כְּנֶגְדֹּֽו׃
20 Et le ‘ adam donna des noms à toute bête et à l’oiseau des cieux et à tout vivant du champs et pour le ‘ adam il ne trouva aucune aide comme devant lui [kenegdo].

Le mot neged en hébreu signifie en face, devant, en vis-à-vis et aussi contre. Donc, le ‘ adam ne trouve aucune aide qui puisse se tenir devant lui, être son vis-à-vis, mais cette présence à laquelle il peut se confronter peut aussi être contraire à lui.

וַיַּפֵּל֩ יְהוָ֨ה אֱלֹהִ֧ים ׀ תַּרְדֵּמָ֛ה עַל־הָאָדָ֖ם וַיִּישָׁ֑ן וַיִּקַּ֗ח אַחַת֙ מִצַּלְעֹתָ֔יו וַיִּסְגֹּ֥ר בָּשָׂ֖ר תַּחְתֶּֽנָּה׃
21 Et le Seigneur Dieu fit tomber sur le ‘ adam un sommeil [tardemah] et il dormit et il prit une de ses côtes et il referma la chair en-dessous d’elle.

וַיִּבֶן֩ יְהוָ֨ה אֱלֹהִ֧ים ׀ אֶֽת־הַצֵּלָ֛ע אֲשֶׁר־לָקַ֥ח מִן־הָֽאָדָ֖ם לְאִשָּׁ֑ה וַיְבִאֶ֖הָ אֶל־הָֽאָדָֽם׃
22 Et le Seigneur Dieu bâtit la côte qu’il avait pris au ‘ adam en une femme [‘isha] et la fit venir vers le ‘ adam.

וַיֹּאמֶר֮ הָֽאָדָם֒ זֹ֣את הַפַּ֗עַם עֶ֚צֶם מֵֽעֲצָמַ֔י וּבָשָׂ֖ר מִבְּשָׂרִ֑י לְזֹאת֙ יִקָּרֵ֣א אִשָּׁ֔ה כִּ֥י מֵאִ֖ישׁ לֻֽקֳחָה־זֹּֽאת׃
23 Et le ‘adam dit : « Cette fois-ci, c’est l’os de mes os et la chair de ma chair, c’est pour cela qu’on l’appellera femme [‘isha] car elle a été tirée de l’homme [‘ish]. »

עַל־כֵּן֙ יַֽעֲזָב־אִ֔ישׁ אֶת־אָבִ֖יו וְאֶת־אִמֹּ֑ו וְדָבַ֣ק בְּאִשְׁתֹּ֔ו וְהָי֖וּ לְבָשָׂ֥ר אֶחָֽד׃
24 C’est pourquoi l’homme [‘ish] abandonnera son père et sa mère et s’attachera à sa femme [be’ishto] et ce sera une chair.

וַיִּֽהְי֤וּ שְׁנֵיהֶם֙ עֲרוּמִּ֔ים הָֽאָדָ֖ם וְאִשְׁתֹּ֑ו וְלֹ֖א יִתְבֹּשָֽׁשׁוּ׃
25 Et les deux, le ‘ adam et sa femme, étaient nus et ils n’avaient pas honte.

Saint Augustin, Sur l’Evangile de Saint Jean, Traité 9, 10

Dormit Adam ut fiat Eva: moritur Christus ut fiat Ecclesia. Dormienti Adae fit Eva de latere: mortuo Christo lancea percutitur latus, ut profluant sacramenta, quibus formetur Ecclesia. Cui non appareat quia in illis tunc factis futura figurata sunt, quandoquidem dicit Apostolus ipsum Adam formam futuri esse? Qui est, inquit, forma futuri.
Adam dort afin qu’Ève soit faite, le Christ meurt afin que l’Eglise soit faite. Ève a été faite du côté d’Adam endormi, le Christ mort, son côté est percuté par une lance, afin que les sacrements, par lesquels l’Eglise est formée, en coulent. A qui n’apparaît pas pourquoi dans ces faits d’alors sont figurés les choses futures, lorsque l’Apôtre dit que ce même Adam est la forme du futur ? (Saint Paul, Épître aux Romains 5, 14).

Voici le texte de saint Paul cité par Augustin, traduit littéralement du grec:
ἀλλὰ ἐβασίλευσεν ὁ θάνατος ἀπὸ Ἀδὰμ μέχρι Μωϋσέως καὶ ἐπὶ τοὺς μὴ ἁμαρτήσαντας ἐπὶ τῷ ὁμοιώματι τῆς παραβάσεως Ἀδάμ, ὅς ἐστιν τύπος τοῦ μέλλοντος.Pourtant, depuis Adam jusqu’à Moïse, la Mais la mort a établi son règne, depuis ‘Adam jusqu’à Moïse et même sur ceux qui n’avaient pas péché par une transgression semblable à celle d’Adam qui est le type de celui qui doit venir (túpos toû méllontos τύπος τοῦ μέλλοντος).
Le mot «type» (túpos) joue un rôle très important dans l’histoire du Christianisme. En effet, pendant des siècle de nombreux traités ont mis en évidence les parallèles qui existent entre les personnages et les histoires de l’Ancien Testament et la vie du Christ. On a dit que le premiers sont le type ou la préfiguration du deuxième, ils annoncent déjà prophétiquement ce que le Christ allaient accomplir. Cela a joué un rôle très important aussi dans l’iconographie chrétienne qui a développé ce qu’on a appelé la «typologie», c’est-à-dire la mise en parallèle d’une scène ou d’un personnage de l’Ancien Testament avec une scène de l’Evangile. Par exemple: Isaac qui porte le bois pour le sacrifice est mis en parallèle avec le Christ qui porte la croix. Nombreuses sont donc les mosaïques paléo-chrétiennes ou les reliquaires du Moyen-Âge qui représentent en parallèles des scènes de l’Ancien Testament et des scènes de l’Evangile ou de la vie des saints.
Le mot «méllontos» qui est traduit en latin par futur, signifie, en effet, ce qui est sur le point d’arriver, ce qui va venir ou bien comme c’est le cas ici: celui qui va venir, qui est sur le point de venir. En cela, ce terme se réfère donc au Christ dont la vie et la venue étaient déjà annoncés prophétiquement par les paroles de l’Ancien Testament.

Augustin, Sur l’Evangile de Saint Jean, Traité 15, 8

8. Sub hac rerum imagine Adam qui erat forma futuri, praebuit nobis magnum indicium sacramenti; imo Deus in illo praebuit. Nam et dormiens meruit accipere uxorem, et de costa eius facta est ei uxor: quoniam de Christo in cruce dormiente futura erat Ecclesia de latere eius, de latere scilicet dormientis; quia et de latere in cruce pendentis lancea percusso sacramenta Ecclesiae profluxerunt. Sed quare hoc dicere volui, fratres? Quia infirmitas Christi nos facit fortes.
Sous l’image de ces choses Adam qui était une forme du futur, nous présente un grand indice du sacrement, ou plutôt, c’est Dieu qui nous l’a présenté en lui. En effet, c’est en dormant qu’il a mérité de recevoir une épouse et c’est de son côté que lui fut faite une épouse. Puisque c’est du côté du Christ endormi sur la croix que serait sortie l’Eglise, c’est à dire du côté de celui qui est endormi. Puisque c’est du côté de celui qui était suspendu à une croix, percuté par une lance, que les sacrements de l’Eglise se sont écoulés. Mais pourquoi, frères, ai-je voulu vous dire cela ? Puisque l’infirmité du Christ nous rend forts (2 Corinthiens 12, 9).

Ambroise, Traité sur l’évangile de Luc 2, p. 86-89 sur Luc, 3, 21-24 le baptême du Christ.

Docuit etiam quia et mulierem fecit Deus: Immisit enim Deus soporem in Adam, et dormivit, et sumpsit unam costam de latere eius, et replevit carnem eius: et aedificavit Dominus Deus costam quam sumpsit ab Adam, in mulierem (Gen. 2, 21 et 22). Non frustra, ut dixi, corporalibus quibusdam manibus circa Adam et Evam Moyses Deum inducit operantem. Mundum Deus fieri iussit, et factus est, et uno verbo opus mundi Scriptura indicat absolutum: ad hominem venitur, et manus ipsas quodammodo studuit tibi Propheta Dei laborantis ostendere [Psal. 140, 5].

[Moïse] a aussi enseigné que Dieu fit aussi la femme: il enduisit un sommeil en Adam et celui-ci s’endormit; Dieu prit une côte de son côté et remplit sa chair; et le Seigneur Dieu bâtit la côte qu’il avait pris à Adam en une femme (Genèse 2, 21-22). Comme j’ai dit, ce n’est pas en vain que Moïse suggère un Dieu qui opère au sujet d’Adam et Ève avec des mains presque corporelles. Dieu ordonna que le monde soit fait et le monde fut fait, et c’est par un seul mot que l’Ecriture indique que l’ouvrage du monde était accompli: on vient à l’homme et le prophète s’applique à nous montrer, d’une certaine façon, les mains mêmes de Dieu à l’œuvre (Psaume 140, 5).

Plus nescio quid in his intelligere, quam lego, opera Dei elaborata me cogunt. Subvenit Apostolus aestuanti, et quod ego non intelligebam quid esset: Os de ossibus meis, et caro de carne mea: et, Haec vocabitur mulier; quoniam de viro suo assumpta est (Ibid., 23) divino mihi spiritu revelavit dicens: Sacramentum hoc magnum est [Ephes. 5, 32]. Quod sacramentum? Quia duo erunt in carne una; et, Quia relinquet homo patrem et matrem, et adhaerebit uxori suae (Ibid., 31): et, Quoniam membra sumus corporis eius, de carne eius, et de ossibus eius (Ibid., 30). Quis est iste vir propter quem mulier parentes relinquat? Relinquit parentes Ecclesia, quae de gentilibus populis congregata est, cui prophetice dicitur: Obliviscere populum tuum, et domum patris tui [Psal. 44, 11]. Propter quem virum, nisi forte illum de quo dicit Ioannes: Post me venit vir qui ante me factus est [Ioan. 1, 27]? De cuius latere dormientis costam Deus sumpsit; ipse enim est qui dormivit, et quievit et resurrexit; quoniam Dominus suscepit eum. Quae est huius costa nisi virtus? Quia tunc quando miles latus eius aperuerit, continuo aqua et sanguis exivit, qui effusus est pro saeculi vita [Ioan. 19, 34]. Haec saeculi vita, costa Christi est: haec costa secundi est Adam. Primus enim Adam in animam viventem, novissimus Adam in spiritum vivificantem: novissimus Adam Christus est, costa Christi vita Ecclesiae est. Nos ergo membra sumus corporis eius, de carne eius, et de ossibus eius. Et fortasse haec est costa de qua dixit: Sentio de me virtutem exisse [Luc. 8, 46]. Haec est costa quae de Christo exivit, nec corpus eius imminuit; non enim corporalis, sed spiritalis est costa; spiritus autem non dividitur ipse, sed dividit singulis prout vult. Haec est Eva mater omnium viventium. Si enim intelligas viventem cum mortuis quaeri, intelligis eos mortuos esse, qui sine Christo sunt, qui participes vitae non sunt; hoc est enim Christi non esse participes, quia Christus est vita. Mater ergo viventium Ecclesia est, quam aedificavit Deus in ipso summo angulari lapide Christo Iesu, in quo omnis structura compaginata crescit in templum Dei.

Ces œuvres qui ont été travaillées avec soin par Dieu me forcent à comprendre un je ne sais pas quoi de plus en elles que ce que je lis. C’est l’Apôtre qui secourt celui qui est en agitation et ce que je ne comprenais pas ce que c’était: « os de mes os et chair de ma chair » et aussi « il l’appela femme car elle a été prise de l’homme », il me l’a révélé par l’esprit divin, en disant: « celle-ci est une parole grandement sacrée (sacramentum magnum) » (Éphésiens 5, 32). Qu’est-ce qui est sacré? « Qu’ils seront deux en une seule chair » et « Que l’homme quittera père et mère et s’attachera à sa femme » (Éphésiens 5, 31) et « parce que nous sommes membres de son corps, de sa chair et de ses os » (Éphésiens 5, 30). Qui est cet homme pour lequel une femme abandonnerait les parents? C’est l’Eglise, rassemblée à partir de peuples païens, à laquelle prophétiquement il est dit: « Oublie ton peuple et la maison de tes pères » (Psaume 44, 11). Pour quel homme, si ce n’est peut-être celui dont Jean dit: « Après moi vient un homme qui fut fait avant moi » (Jean 1, 27)? Du côté duquel, endormi, Dieu prit une côte; en effet, c’est le même qui dormit, se reposa et ressuscita; puisque le Seigneur l’a reçu (Psaume 3, 6). Quelle est sa côte, sinon la force? Parce qu’au moment où le soldat ouvrit son côté, il en sortit un flux d’eau et de sang, qui fut versé pour la vie de ce monde (Jean 19, 34). La vie de ce monde est le côté du Christ: celle-ci est la côte du deuxième Adam. En effet, le premier Adam est celui qui vit dans l’âme, le dernier Adam est celui qui vivifie dans l’esprit (1 Corinthiens 15, 45): le dernier Adam est le Christ, la côte du Christ est la vie de l’Eglise. Nous sommes, donc, les membres de son corps, de sa chair et de ses os. Et c’est peut-être celle-ci la côte dont il dit: « Je sens qu’une force est sortie de moi » (Luc 8, 46). Celle-ci est la côte qui est sortie du Christ et son corps n’en fut pas diminué: cette côte, en effet, n’est pas corporelle, mais spirituelle. Et l’esprit n’est pas [diminué] en se partageant lui-même, mais se partage [pour se donner] à chacun à volonté (1 Corinthiens 12, 12).
Et voici [l’explication de] « Ève la mère de tous les vivants »: si tu comprends [la phrase de l’Evangile qui dit] « Pourquoi chercher parmi les morts celui qui est vivant? », alors tu comprendras que les morts ce sont ceux qui sont sans le Christ, car ils ne participent pas de la vie. C’est cela ne pas participer au Christ car le Christ c’est la vie. Donc, « la mère des vivants » (Genèse 3, 20) c’est l’Eglise que Dieu a bâti ayant à son sommet la pierre angulaire qu’est le Christ Jésus dans lequel toute la structure est tenue ensemble et s’élève [pour former] le temple de Dieu (Éphésiens 2, 20).

Veniat ergo Deus, aedificet mulierem, illam quidem adiutricem Adae, hanc vero Christi. Non quia Christus adiumentum requirit, sed quia nos quaerimus et desideramus ad Christi gratiam per Ecclesiam pervenire. Et nunc aedificatur, et nunc formatur, et nunc mulier figuratur, et nunc creatur. Et ideo novo verbo usa est Scriptura; quia superaedificamur super fundamentum apostolorum et prophetarum [Ephes. 2, 20]. Et nunc domus spiritalis surgit in sacerdotium sanctum. Veni, Domine Deus, aedifica mulierem istam, aedifica civitatem; veniat et puer tuus: tibi enim credo dicenti: Ipse aedificabit civitatem mihi [Esai. 45, 13].

Que Dieu vienne donc et qu’il bâtisse la femme: l’une comme aide d’Adam, l’autre, en vérité, comme aide du Christ. Non que le Christ ait besoin d’une aide, mais afin que nous cherchions et désirions parvenir à la grâce du Christ à travers l’Eglise. Et c’est maintenant qu’elle est bâtie, maintenant qu’elle est formée, maintenant qu’elle est façonnée, maintenant qu’elle est crée. Et pour cela l’Ecriture a utilisé un nouveau verbe, puisque nous sommes “superédifiés” [construits au-dessus] du fondement des apôtres et des prophètes (Éphésiens 2, 20). Et maintenant une maison spirituelle surgit dans le sacerdoce saint (1 Pierre 2, 5). Viens, Seigneur Dieu, bâtis cette femme, bâtis la cité. Que ton enfant vienne aussi, en effet, car je crois en toi qui dis: « C’est lui qui bâtira ma cité » (Isaïe 45, 13).

Ecce mulier omnium mater, ecce domus spiritalis, ecce civitas quae vivet in aeternum; quia mori nescit. Ipsa enim est civitas Hierusalem, quae nunc videtur in terris, sed rapietur supra Eliam; Elias enim unus fuit. Transferetur super Enoch, cuius mors non invenitur. Ille enim raptus est, ne malitia mutaretur cor eius: haec autem diligitur a Christo quasi sponsa gloriosa, sancta, immaculata, sine ruga. Et quanto melius totum corpus assumitur, quam unus assumptus est? Haec enim est spes Ecclesiae. Rapietur profecto, assumetur, transferetur ad coelum. Ecce curru igneo raptus est Elias: rapietur et Ecclesia. Non mihi credis? Crede vel Paulo, in quo Christus locutus est: Rapiemur, inquit, in nubibus obviam Christo in aera, et ita semper cum Domino erimus (I Thes. IV, 16).

Voici la femme qui est la mère de tous, voici la maison spirituelle, voici la cité qui vit éternellement, car elle ne sait pas mourir. C’est celle-ci, en effet, qui est la cité de Jérusalem, qui apparaît maintenant sur la terre, mais qui est ravie au-dessus d’Elie. Elie, en effet, fut unique: il a été élevé au-dessus d’Enoch, dont la mort n’est pas attestée, en effet, il fut ravi [au ciel], afin que la malice ne puisse altérer son cœur (Sagesse 4, 11). Elle [l’Eglise, Jérusalem céleste], elle est aimée par le Christ comme une épouse glorieuse, sainte, immaculée, sans ride (Éphésiens 5, 27). Combien mieux que tout le corps soit pris [au ciel], plutôt qu’un seul fut pris? Celle-ci est l’espérance de l’Eglise: qu’elle soit ravie, certainement, prise et transférée au ciel. Voici qu’Elie fut ravi [au ciel] avec un char de feu, l’Eglise aussi sera ravie. Tu ne me crois pas? Crois, alors, [l’apôtre] Paul, dans lequel c’est le Christ qui parle (1 Thessaloniciens 4, 16): « nous serons ravis dans les nuées à la rencontre du Christ dans les airs, ainsi nous serons toujours avec le Seigneur. »

Ad hanc igitur aedificandam mittuntur quidem plures, mittuntur patriarchae, mittuntur prophetae, mittitur Gabriel archangelus, innumeri angeli diriguntur, et multitudo coelestis exercitus Deum laudat; quia civitatis huius aedificatio propinquat. Mittuntur plures ad eam, sed Christus eam solus aedificat, verum non est solus; quia Pater praesens est. Et si solus aedificat; gratiam tamen tantae aedificationis non solus usurpat. Scriptum est de templo, quod aedificavit Salomon, in quo typus Ecclesiae fuit, [Vet. edit. ac mss. septem: quia tria millia sexcenti erant qui portabant in humeris: et septuaginta millia lapidum caesores, vel lapidis, vel etiam, lapidicaesores: et octoginta millia tollentes onera. Veniant, etc. Alii cum edit. Rom. ut nos in corpore, nisi quod in plerisque desiderantur haec verba: Et tria millia sexcenti operum praepositi. Alii denique ordine paululum inverso eumdem ac in textu sensum retinent.] quia septuaginta millia erant qui in humeris portarent, et octoginta millia lapidum caesores, et tria millia sexcenti operum praepositi [II Par. 2, 2]. Veniant angeli illi, veniant lapidem caesores, caedantur superflua lapidum nostrorum, aspera levigentur. Veniant et qui in humeris portant; scriptum est enim: Super humeros tollentur [Esai, 49, 22].

En vérité, pour bâtir celle-ci [l’Eglise] beaucoup sont envoyés, les patriarches sont envoyés, les prophètes sont envoyés, l’archange Gabriel est envoyé, d’innombrables anges sont dirigés [à cette tâche] et la multitude de l’armée céleste loue Dieu puisque l’édification de cette cité approche. Beaucoup sont envoyés vers elle, mais le Christ seul la bâtit, mais en vérité il n’est pas seul car le Père est présent. Et s’il est seul à édifier, il n’est pas seul à s’approprier le mérite d’une telle construction. Il est écrit au sujet du temple qu’édifia Salomon et qui fut une image qui représente symboliquement l’Eglise [typus Ecclesiae], que ceux qui le portèrent sur les épaules étaient soixante-dix mille et quatre-vingt mille ceux qui en coupèrent les pierres et trois mille six cent les chefs d’ouvrage. Que viennent ces anges, que viennent les coupeurs de pierres, qu’ils coupent ce qui est le superflu de nos pierres, qu’ils polissent les aspérités. Qu’ils viennent ceux qui portent sur leurs épaules, il est écrit, en effet: « Ils seront portés sur les épaules (Isaïe 49, 23)

Rabbi Chlomo ben Itzhak HaTzarfati, acronyme Rachi (Troyes vers 1040 – 1105) sur Genèse 2, 18: si Adam le mérite, Ève l’aidera, sinon elle le combattra

עזר כנגדו. זָכָה – עֵזֶר; לֹא זָכָה – כְּנֶגְדּוֹ לְהִלָּחֵם:
Une aide comme devant lui. Si [Adam] est pur alors [Ève] sera une aide pour lui, s’il n’est pas pur elle sera comme contre lui pour lui faire la guerre.

Cette explication se base sur le sens du mot hébreu « neged », qui signifie « devant, en face de ». Cela peut être interprété comme une confrontation impliquant de l’hostilité ou comme une présence amicale devant quelqu’un. L’intention n’est pas déterminée par le mot « neged », qui peut avoir les deux sens.

Kli Yakar, ouvrage de Salomon Ephraim de Luntschitz (1550 Łęczyca, Pologne – 1619 Prague) sur Genèse 2, 18: être en face pour l’unité, l’amour, non en opposition

לא טוב היות האדם לבדו. לפי שבכל מקום שיש שינוי ומחלוקת אין הטובה מצוי שם שהרי מטעם זה לא נאמר כי טוב בשני לפי שבו נברא המחלוקת כי כל מספר שנים יש בו חלוקה ופירוד ואם כן אם היה האדם נוצר כל אחד מהם מחומר בפני עצמו אם כן יהיו שנים גופים מוחלקים ולא יהיה הטוב דבק בהם יען כי יהיו נעדרים מן האהבה והאחדות ויהיו קרובים לבא לידי פירוד ומריבה וליתן ריוח בין הדבקים והאדם מדיני בטבע צריך יותר אל האהבה והאחדות מכל שאר בעלי חיים לפיכך אמר שלא טוב היה אם יהיה האדם נוצר מן חומר אחד והאשה מן חומר אחר לפיכך אעשה לו עזר כשיהיו מן חומר אחד אז יהיה כל אחד לעזר ולהועיל אל השני ויהיו זה כנגד זו פונים פניהם זה לזה כי זה מורה על האהבה כמ״ש (תהלים טז ח) שויתי ה’ לנגדי תמיד. שאין פירושו של התנגדות של מריבה אלא התנגדות של אהבה כמים הפנים, לאפוקי בזמן שהמריבה מצוייה כל אחד פונה לחבירו עורף ולא פנים, לכך נאמר אעשה לו עזר כנגדו.
וי״א לא טוב, שאין האדם נקרא עושה טוב במצות השם יתברך כשהוא לבדו ואין לו מתנגד המטהו לדרך רע לפיכך אעשה לו עזר כנגדו, כי במה שתהיה אשתו כנגדו להסיתו לדרך רע והוא לא ישמע לה וינצחה אז הוא נקרא עושה טוב כי אדם אין צדיק בארץ כשיעשה טוב מצד ההכרח ולא יוכל לחטוא, כי אם מצד היות לו אפשרות על החטא וינצל.
Il n’est pas bon que Adam soit seul. Là où de toute façon il y a divergence et divisions ne se trouve pas le bien et c’est à cause de cela qu’il n’est pas dit que cela était bon le deuxième jour [de la création] parce qu’en ce jour a été créée la division [entre les eaux supérieures et inférieures] car tout nombre deux a en lui division et séparation. Dans ce cas, si chacun des deux êtres humains [Adam et Ève] est formé d’argile indépendamment de l’autre [littéralement: pour lui-même], alors ils seraient deux corps divisés et le bien n’aurait pu leur adhérer puisqu’il leur aurait manqué l’amour et l’unité et ils seraient tombés dans les mains de la séparation et de la dispute et ils auraient eu tendance à mettre une distance entre ceux qui adhèrent [l’un à l’autre]. Et l’être humain, par les lois qui sont dans la nature, a plus besoin d’amour et d’unité que tous les autres êtres vivants. C’est pour cela que le Seigneur a dit qu’il n’était pas bon que Adam soit formé d’une argile et la femme d’une autre argile; c’est pour cela que: « Je lui ferait une aide » afin qu’ils soient d’une seule argile, alors chacun sera une aide et sera utile à l’autre et seront l’un devant l’autre, se faisant face l’un l’autre, puisque c’est cela qui montre l’amour, comme il est écrit dans le psaume 16, 8: « J’ai regardé le Seigneur devant moi (lenegdi) toujours ». Ici l’interprétation du mot neged dans lenegdi (devant moi) n’a pas le sens d’un opposition [l’un contre l’autre], d’une dispute, mais plutôt d’un face-à-face d’amour, comme l’eau [qui reflète] le visage, à l’exclusion des moments de dispute où chacun présente à l’autre la nuque et non le visage, c’est pour cela qu’il est dit: “Je lui ferai une aide comme en face de lui (kenegdo).
Il y en a qui disent: « il n’est pas bon » parce qu’il l’homme n’est pas appelé faisant le bien selon le commandement du Seigneur, béni soit-il, puisque lorsqu’il est seul et il n’a pas quelqu’un qui contre lui qui le pousse dans le chemin du mal, de la façon où il est dit: « je lui ferai une aide comme contre lui », parce que sa femme étant contre lui pour le diriger vers le chemin du mal et lui ne l’écoutant pas, il la vaincra, alors il sera appelé faisant le bien, parce l’homme sur la terre n’est pas un juste lorsqu’il fait le bien par contrainte, sans qu’il puisse pécher, mais il est appelé juste s’il a la possibilité de pécher et il en est préservé.

Rabbi Chlomo ben Itzhak HaTzarfati, acronyme Rachi (Troyes vers 1040 – 1105) sur Genèse 2, 19: cela sera son nom

וכל אשר יקרא לו האדם נפש חיה וגו’. סָרְסֵהוּ וּפָרְשֵׁהוּ, כֹּל נֶפֶשׁ חַיָּה אֲשֶׁר יִקְרָא לוֹ הָאָדָם שֵׁם, הוּא שְׁמוֹ לְעוֹלָם:
Et tout ce que Adam appelait une âme vivante, etc. Intervertis l’ordre de ces mots et interprète cela ainsi: toute âme vivante à laquelle Adam donne un nom, celui-là sera son nom pour toujours.

Moïse Nahmanide, acronyme Ramban (Gérone, 1194 – Acre, 1270) sur Genèse 2, 20: l’aide est pour la procréation

ולאדם לא מצא עזר כנגדו לשון רש »י כשהביאן הביאן לפניו זכר ונקבה אמר לכל יש בן זוג ולי אין בן זוג מיד ויפל ה’ אלהים עליו תרדמה ויפה פירש כי כאשר הכניס פסוקי קריאת השמות בתוך דבר העזר יכריח זה
Et pour l’homme, il ne trouva pas une aide comme devant lui. L’explication de Rachi: lorsqu’il amena les animaux devant lui, mâle et femelle, [Adam] dit: « chacun a quelqu’un avec qui il est en couple et moi je n’ai pas quelqu’un avec qui être en couple. » Et le Seigneur Dieu fit tomber sur lui un sommeil. [Rachi] a bien interprété car lorsqu’on fait entrer les versets de l’appellation des noms au milieu de la question de l’aide, cela nous force [à comprendre] ainsi.

ולפי דעתי שקריאת השם הוא העזר והענין כי הקב »ה הביא כל חית השדה וכל עוף השמים לפני אדם והוא הכיר טבעם וקרא להם שמות כלומר השם הראוי להם כפי טבעיהם ובשמות נתבאר הראוי להיות עזר לחבירו כלומר הראוים להוליד זה מזה ואפילו אם נאמין בשמות שהם בהסכמה לא טבעיות (מו »נ ב ל) נאמר שקריאת השמות היא הבדלת המינים כי עברו לפניו זכר ונקבה והתבונן בטבעם איזה מהם עזר לחבירו כלומר המוליד ממנו והודיע זה בשמות כי הבהמה הדקה קרא בשם אחר שכולן עזר זה לזה בתולדה שיולידו זה מזה והגסה בשם אחר והחיה בשם אחר שלא יולידו מין זה מזה וכן כולן ולא מצא בכולן שתהיה בטבעה עזר לו ותקרא בשמו כי קריאת השמות היא הבדלת המינים והפרד כחותם זה מזה כאשר פירשתי למעלה
et, selon ma connaissance, le fait d’appeler par le nom, c’est ceci l’aide et le fait que le Saint, béni soit-il, conduisit tout animal du champs et tout oiseau des cieux devant Adam et celui-ci comprit leur nature et les appela par des noms. C’est-à-dire par le nom adapté à eux correspondant à leurs natures et par les noms devient clair quelle est l’aide adaptée à son compagnon, c’est-à-dire adaptée à pouvoir enfanter une progéniture l’un de l’autre. Et même si nous croyons à propos des noms qu’ils [sont donnés] par convention, non selon les natures [des différents animaux], il est dit que le fait d’appeler par des noms, cela distingue les espèces qui ont passé devant lui, mâle et femelle et qu’il a considéré dans leur nature lequel d’entre eux était une aide pour l’autre, c’est-à-dire celui qui peut concevoir de l’autre. Il a fait connaître cela par les noms, puisqu’il a appelé les troupeaux de petit bétail d’un nom, de façon que chacun de tous ceux-là pouvait être une aide à l’engendrement pour l’autre de façon à concevoir l’un de l’autre et il a appelé les troupeaux de gros bétail d’un autre nom et les animaux [sauvages] d’un autre, de façon qu’une espèce n’engendre pas de l’autre, et ainsi pour toutes. Et [Adam] ne trouva pas parmi eux tous qui soit dans sa nature une aide pour lui qu’il puisse appeler avec son nom à lui, car le fait de donner des noms c’est la division des espèces.

« ולאדם לא מצא עזר כנגדו  » כלומר ולשם האדם לא מצא עזר שיהיה ראוי כנגדו ותקרא בשמו שיוליד ממנו
et pour Adam il ne trouva pas d’aide comme devant lui « comme pour dire: et pour le nom de l’homme il ne trouva pas d’aide qui soit adaptée qui lui corresponde et qui soit appelée par son nom afin de donner naissance à partir de lui. »

Ovadia Sforno (Cesena 1470- Bologne 1550) sur Genèse 2, 19: le nom comme forme des êtres

לראות מה יקרא לו כדי שיראה ויתבונן איזה שם ראוי לכל א’ מהם כפי הפעולה המיוחדת לצורתו: נפש חיה הוא שמו הנה שמו הורה על צורת הבעלי חיים הנקרא בשם ההוא שהיא נפשו אשר בה הוא נמצא בפעל
Pour voir comment il l’appellerait. Pour qu’il voie et considère quel serait le nom convenable pour chacun d’entre eux, selon l’action particulière [correspondante] à sa forme.
Âme vivante était son nom. Voici le nom qui renseigne sur la forme des êtres doués de vie qui est ainsi appelée par ce nom, car cette forme est l’âme par laquelle il se trouve en acte.

Kli Yakar, ouvrage de Salomon Ephraim de Luntschitz (1550 Łęczyca, Pologne – 1619 Prague) sur Genèse 2, 21: Dieu bâtit la côte

ומ״ש ויבן ה’ את הצלע. הזכיר לשון בנין להורות שאין צריך בזיווג זה כי אם לכדי שיהיה העולם בנוי ולא חרב כמ״ש (שם ל ג) ואבנה גם אנכי ממנה. שע״י הבנים נקרא האדם בנוי וכן בן נגזר מלשון בנין כמו שפירש״י לקמן ע״פ ויולד בן (שם ה כח).
Au sujet de « Et le Seigneur bâtit la côte » [la racine banah signifie bâtir]. Il faut rappeler le sens de ce qui est bâti (binyan le bâtiment) pour montrer qu’il n’y a pas d’autre nécessité d’un couple, si ce n’est afin que le monde soit bâti et non pas en ruine, comme il est écrit (Genèse 30, 3): « Et moi aussi je serai bâtie (‘ibbane je serai bâtie, c’est-à-dire j’aurai un fils, ben) à partir d’elle ». Parce que c’est à travers les fils [en hébreu le mot fils se dit ben et il provient aussi de la racine banah bâtir] que l’homme est appelé bâti [banui], en effet le mot fils (ben) est découpé du terme qui désigne ce qui est bâti, le bâtiment (binyan) comme l’explique Rachi à propos du verset de Genèse 5, 28: « Et il enfanta un fils (ben) ».